Cinq M
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Cinq M
Mestoph à écrit :
Consécutif à une discussion qui s'était tenu sur la mailing "Le Cercle des Philosophes Noirs" à propos des Cinq M, quelqu'un (Ravenéros il me semble) avait fait remarqué qu'il existait, selon les traditions, une variation plus 'extrême' des Cinq M. Je suis tombé sur le renseignement en question, je poste donc ici l'information, plusieurs mois après, au cas où cela soit utile à quelqu'un.
Petit rappel, les Cinq M traditionnels sont :
- Matsya : le poisson
- Mamsha : la viande
- Madya : le vin
- Mudra : les céréales sèches (c'est aussi le nom que l'on donne aux Gestes des mains, une autre traduction parfaitement acceptable compte tenu de l'attribution des mains à certaines parties du corps dans la culture hindoue)
- Maithuna : l'union sexuelle
La secte Aghora, la plus extrême des Voies de la Main Gauche, dans son enseignement du Tantra, prône cinq différents M, qui sont :
- ???? (je n'ai pas le nom du premier, désolé) : nécrophagie, consommation de chair humaine morte
- Medha : sang humain
- Meha : urine humaine
- Mala : coprophagie
- Mehana : pénis ou semence
Mestoph
Consécutif à une discussion qui s'était tenu sur la mailing "Le Cercle des Philosophes Noirs" à propos des Cinq M, quelqu'un (Ravenéros il me semble) avait fait remarqué qu'il existait, selon les traditions, une variation plus 'extrême' des Cinq M. Je suis tombé sur le renseignement en question, je poste donc ici l'information, plusieurs mois après, au cas où cela soit utile à quelqu'un.
Petit rappel, les Cinq M traditionnels sont :
- Matsya : le poisson
- Mamsha : la viande
- Madya : le vin
- Mudra : les céréales sèches (c'est aussi le nom que l'on donne aux Gestes des mains, une autre traduction parfaitement acceptable compte tenu de l'attribution des mains à certaines parties du corps dans la culture hindoue)
- Maithuna : l'union sexuelle
La secte Aghora, la plus extrême des Voies de la Main Gauche, dans son enseignement du Tantra, prône cinq différents M, qui sont :
- ???? (je n'ai pas le nom du premier, désolé) : nécrophagie, consommation de chair humaine morte
- Medha : sang humain
- Meha : urine humaine
- Mala : coprophagie
- Mehana : pénis ou semence
Mestoph
Archive- Invité
Re: Cinq M
Camilla n'ha Marcella à écrit :
Bonsoir, Mestoph.
Tu es bien sûr de tes sources ? Je ne vois pas bien pourquoi ni en quoi une doctrine qui se veut le Tantra des Tantras devrait prêcher la démence précoce...
Je ne plaisante pas en écrivant celà, et ne veux pas non plus engager une polémique mais :
les matières fécales et l'urine, par exemple, sont des poisons organiques. Point barre et foin de toute autre considération. Existe-t-il un Tantra qui recommande comme Voie vers l'état d'Eveil Omniscient l'utilisation du Colt 45 sur sa propre personne, et de préférence dans la tête ?
Si je n'ai pas tout bien compris, surtout n'hésite pas à me corriger
Celà dit, je profite lâchement de l'occasion que tu m'offres pour exprimer en public ce dont nous parlions l'autre jour en privé. Veuille bien ne pas t'en offenser...
Certains Maîtres de telle ou telle discipline (et là, je pense à Chögyam Trungpa) commettent malgré leur sagesse et leurs connaissance deux erreurs fondamentales, à mes yeux du moins.
1) Ils se "flinguent" socialement afin de "casser" l'ego à tout prix. Pourquoi pas, c'est une méthode comme une autre. Méthode partielle, je tiens cependant à le souligner. Partielle, parce que l'on peut vivre et mourir en anachorète dans une grotte quelconque à 5000 mètres dans l'Himalaya, là où aucun facteur social n'intervient, et mourir avec son ego non seulement intact, mais parfois quelque peu surdimensionné. Même si les moyens de mesure manquent, on peut facilement imaginer par quels processus une telle déviance s'installe.
Partielle également car, lorsqu'on admet pour vrai le jeu de l'ego, lorsqu'on l'admet comme un phénomène interne réel et agissant, on lui donne également toute latitude pour s'en donner à coeur joie. Quelle belle récompense pour l'ego de Trungpa, que ce que je suis en train d'écrire, par exemple. Ecrit-on sur l'ego de Shakyamûni ?
Bien sûr que non !
D'autre part, et toujours dans ce sujet précis, aller chercher tout ce qu'on peut imaginer pour "casser" son ego me semble hautement suspect. Cette volonté de casser l'ego devient compulsive, obsessionnelle, à mon avis. C'est-à-dire qu'on obtient, par l'exercice de la volonté, exactement l'inverse de ce qu'on aurait souhaité... Ce qui est d'ailleurs parfaitement logique et prévisible ! J'avoue préférer de très loin la méthode de Don Juan... (et encore une fois merci aux petits tyrans
)
2) Et là, je me réfère encore à Trungpa : l'alcoolisme comme moyen de se tester, de savoir jusqu'où on peut aller sans perdre l'état d'éveil.
La personne qui agit de cette façon n'a pas atteint l'éveil. Si elle l'avait atteint, alors, comme le Bouddha historique, elle le saurait, ce serait une chose tellement évidente pour elle qu'elle ne se lancerait pas dans des aventures aussi égoïstes. Et je pèse mes mots.
Egoïste, oui, car au lieu de s'adonner à ce pour quoi est fait l'Eveil Omniscient, on s'évertue à perdre un maximum de temps, et surtout à le faire perdre aux autres qui, eux n'en ont peut-être pas de trop...
Voilà. J'avais envie de faire ces remarques sur certains moyens réputés aider à casser l'ego. Mais je voudrais terminer par une question : c'est quoi, l'ego ? Et si c'était une hallucination pure et dure, due uniquement à l'angle sous lequel nous considérons les choses, le monde, nous-mêmes et leurs interactions et imbrications respectives ?
Alors un simple changement de regard suffirait...
J'ai écrit ce message selon un style "normal", car mettre des guillemets autour de chaque "je", utiliser des profusions de majuscules, ça "me" fait suer abondamment. De plus, c'est plus lisible comme ça...
Mais qu'on ne s'y trompe pas :
"Celle qui te parle est une Flamme vibrante, dans un corps nécessaire.
Elle est, mais elle n'est personne.
Elle n'a pas de nom, aucune caractéristique humaine. Aucune.
Par ce corps, elle peut être humaine... Pourquoi pas ?
Flamme, elle est intouchable.
Si elle se prend au jeu du corps, misère !"
AMDG
Camilla n'ha Marcella
Bonsoir, Mestoph.
Tu es bien sûr de tes sources ? Je ne vois pas bien pourquoi ni en quoi une doctrine qui se veut le Tantra des Tantras devrait prêcher la démence précoce...
Je ne plaisante pas en écrivant celà, et ne veux pas non plus engager une polémique mais :
les matières fécales et l'urine, par exemple, sont des poisons organiques. Point barre et foin de toute autre considération. Existe-t-il un Tantra qui recommande comme Voie vers l'état d'Eveil Omniscient l'utilisation du Colt 45 sur sa propre personne, et de préférence dans la tête ?
Si je n'ai pas tout bien compris, surtout n'hésite pas à me corriger
Celà dit, je profite lâchement de l'occasion que tu m'offres pour exprimer en public ce dont nous parlions l'autre jour en privé. Veuille bien ne pas t'en offenser...
Certains Maîtres de telle ou telle discipline (et là, je pense à Chögyam Trungpa) commettent malgré leur sagesse et leurs connaissance deux erreurs fondamentales, à mes yeux du moins.
1) Ils se "flinguent" socialement afin de "casser" l'ego à tout prix. Pourquoi pas, c'est une méthode comme une autre. Méthode partielle, je tiens cependant à le souligner. Partielle, parce que l'on peut vivre et mourir en anachorète dans une grotte quelconque à 5000 mètres dans l'Himalaya, là où aucun facteur social n'intervient, et mourir avec son ego non seulement intact, mais parfois quelque peu surdimensionné. Même si les moyens de mesure manquent, on peut facilement imaginer par quels processus une telle déviance s'installe.
Partielle également car, lorsqu'on admet pour vrai le jeu de l'ego, lorsqu'on l'admet comme un phénomène interne réel et agissant, on lui donne également toute latitude pour s'en donner à coeur joie. Quelle belle récompense pour l'ego de Trungpa, que ce que je suis en train d'écrire, par exemple. Ecrit-on sur l'ego de Shakyamûni ?
D'autre part, et toujours dans ce sujet précis, aller chercher tout ce qu'on peut imaginer pour "casser" son ego me semble hautement suspect. Cette volonté de casser l'ego devient compulsive, obsessionnelle, à mon avis. C'est-à-dire qu'on obtient, par l'exercice de la volonté, exactement l'inverse de ce qu'on aurait souhaité... Ce qui est d'ailleurs parfaitement logique et prévisible ! J'avoue préférer de très loin la méthode de Don Juan... (et encore une fois merci aux petits tyrans
2) Et là, je me réfère encore à Trungpa : l'alcoolisme comme moyen de se tester, de savoir jusqu'où on peut aller sans perdre l'état d'éveil.
La personne qui agit de cette façon n'a pas atteint l'éveil. Si elle l'avait atteint, alors, comme le Bouddha historique, elle le saurait, ce serait une chose tellement évidente pour elle qu'elle ne se lancerait pas dans des aventures aussi égoïstes. Et je pèse mes mots.
Egoïste, oui, car au lieu de s'adonner à ce pour quoi est fait l'Eveil Omniscient, on s'évertue à perdre un maximum de temps, et surtout à le faire perdre aux autres qui, eux n'en ont peut-être pas de trop...
Voilà. J'avais envie de faire ces remarques sur certains moyens réputés aider à casser l'ego. Mais je voudrais terminer par une question : c'est quoi, l'ego ? Et si c'était une hallucination pure et dure, due uniquement à l'angle sous lequel nous considérons les choses, le monde, nous-mêmes et leurs interactions et imbrications respectives ?
Alors un simple changement de regard suffirait...
J'ai écrit ce message selon un style "normal", car mettre des guillemets autour de chaque "je", utiliser des profusions de majuscules, ça "me" fait suer abondamment. De plus, c'est plus lisible comme ça...
Mais qu'on ne s'y trompe pas :
"Celle qui te parle est une Flamme vibrante, dans un corps nécessaire.
Elle est, mais elle n'est personne.
Elle n'a pas de nom, aucune caractéristique humaine. Aucune.
Par ce corps, elle peut être humaine... Pourquoi pas ?
Flamme, elle est intouchable.
Si elle se prend au jeu du corps, misère !"
AMDG
Camilla n'ha Marcella
Archive- Invité
Re: Cinq M
Mestoph à écrit :
Salut Camilla,
Les sources : Demons of the Flesh, Nikolas & Zeena Schrek, ed. Creationbooks. C'est un ouvrage sérieux, de ce que j'ai pu en constater, surtout en ce qui concerne l'histoire du tantra.
Ensuite, je pense que la secte des Aghori ne faisait pas cela tout le temps, mais seulement lors de la célébration de certains rites. Pour l'urine, ce sont théoriquement des poisons organiques, comme tu le dis. Pourtant je connais des personnes qui boivent leur urine tous les matins et qui s'en portent très bien. Va comprendre...
"Si je n'ai pas tout bien compris, surtout n'hésite pas à me corriger " tu as ta vision des choses. Je suis certain que je pourrais trouver des arguments en faveur de l'utilisation du .45 comme méthode d'Eveil
Mais bon, je n'ai certes pas envie d'en discuter pour l'instant... Trop de questions, qui pour l'instant ne servent à rien 
Pour reprendre la discussion que nous avions eu en privé (bien que je pense ne pas être la personne adéquate pour répondre à certaines questions) :
1) Comme je te l'avais dit, le flingage social de certaines voies tantriques ne me semble être qu'une étape, un moyen de se libérer des entraves sociales, et non une fin en soi. Il serait bête de s'en tenir là, c'est clair ! De plus, il ne faut pas oublier que cela n'a pas qu'un effet sur le tantrika, mais également sur ceux qui l'observent, et que cela peut aussi provoquer des choses chez eux.
2) L'exemple de Trungpa (il faudrait en parler à la personne qui le cite). Je ne pense pas que Trungpa cherchait à tester jusqu'où il pouvait aller sans perdre l'Eveil, mais jusqu'où il pouvait aller sans perdre la Conscience (et donc la Maîtrise de son corps). Tu dis "La personne qui agit de cette façon n'a pas atteint l'éveil". Je te répondrai : qu'en sais-tu ? Dans l'exemple cité de Trungpa, il me semble apparant que l'être Eveillé n'a rien de supérieur à l'être "endormi" : il est juste conscient d'être Eveillé. Ce qui ne lui ôtes pas les aspects de sa personnalité, ni ses traits de caractères.
"Egoïste, oui, car au lieu de s'adonner à ce pour quoi est fait l'Eveil Omniscient, on s'évertue à perdre un maximum de temps, et surtout à le faire perdre aux autres qui, eux n'en ont peut-être pas de trop... "
Cela rejoint ce que j'ai dit plus haut : qu'est-ce que c'est l'Eveil ? Je ne peux malheureusement pas répondre à cette question, désolé...
Amitiés
Mestoph
Salut Camilla,
Les sources : Demons of the Flesh, Nikolas & Zeena Schrek, ed. Creationbooks. C'est un ouvrage sérieux, de ce que j'ai pu en constater, surtout en ce qui concerne l'histoire du tantra.
Ensuite, je pense que la secte des Aghori ne faisait pas cela tout le temps, mais seulement lors de la célébration de certains rites. Pour l'urine, ce sont théoriquement des poisons organiques, comme tu le dis. Pourtant je connais des personnes qui boivent leur urine tous les matins et qui s'en portent très bien. Va comprendre...
"Si je n'ai pas tout bien compris, surtout n'hésite pas à me corriger " tu as ta vision des choses. Je suis certain que je pourrais trouver des arguments en faveur de l'utilisation du .45 comme méthode d'Eveil
Pour reprendre la discussion que nous avions eu en privé (bien que je pense ne pas être la personne adéquate pour répondre à certaines questions) :
1) Comme je te l'avais dit, le flingage social de certaines voies tantriques ne me semble être qu'une étape, un moyen de se libérer des entraves sociales, et non une fin en soi. Il serait bête de s'en tenir là, c'est clair ! De plus, il ne faut pas oublier que cela n'a pas qu'un effet sur le tantrika, mais également sur ceux qui l'observent, et que cela peut aussi provoquer des choses chez eux.
2) L'exemple de Trungpa (il faudrait en parler à la personne qui le cite). Je ne pense pas que Trungpa cherchait à tester jusqu'où il pouvait aller sans perdre l'Eveil, mais jusqu'où il pouvait aller sans perdre la Conscience (et donc la Maîtrise de son corps). Tu dis "La personne qui agit de cette façon n'a pas atteint l'éveil". Je te répondrai : qu'en sais-tu ? Dans l'exemple cité de Trungpa, il me semble apparant que l'être Eveillé n'a rien de supérieur à l'être "endormi" : il est juste conscient d'être Eveillé. Ce qui ne lui ôtes pas les aspects de sa personnalité, ni ses traits de caractères.
"Egoïste, oui, car au lieu de s'adonner à ce pour quoi est fait l'Eveil Omniscient, on s'évertue à perdre un maximum de temps, et surtout à le faire perdre aux autres qui, eux n'en ont peut-être pas de trop... "
Cela rejoint ce que j'ai dit plus haut : qu'est-ce que c'est l'Eveil ? Je ne peux malheureusement pas répondre à cette question, désolé...
Amitiés
Mestoph
Archive- Invité
Re: Cinq M
Camilla n'ha Marcella à écrit :
Ave, Imhora
J'essaierai de demander à la personne à laquelle nous pensons toi et moi si je puis en discuter avec elle, au moins par courrier. Parce que là, pour moi, il y a un "point dur" dans la démarche envisagée. Alors soit je n'ai rien compris, ce qui n'est pas à exclure, soit il y a à reconstruire.... Quoi qu'il en soit, pour moi au moins, c'est intéressant
Avec mes amitiés,
Camilla n'ha Marcella
Ave, Imhora
J'essaierai de demander à la personne à laquelle nous pensons toi et moi si je puis en discuter avec elle, au moins par courrier. Parce que là, pour moi, il y a un "point dur" dans la démarche envisagée. Alors soit je n'ai rien compris, ce qui n'est pas à exclure, soit il y a à reconstruire.... Quoi qu'il en soit, pour moi au moins, c'est intéressant
Avec mes amitiés,
Camilla n'ha Marcella
Archive- Invité
Re: Cinq M
Ravenéros à écrit :
Ave ,
Consécutif à une discussion qui s'était tenu sur la mailing "Le Cercle des Philosophes Noirs" à propos des Cinq M, quelqu'un (Ravenéros il me semble) avait fait remarqué qu'il existait, selon les traditions, une variation plus 'extrême' des Cinq M.
***** Oui , effectivement...mais ce n'est pas la seule , il y en a d'autres en fait...
Tout dépend de quel courant du Tantrisme on parle , il n'y en a pas qu'un pour peu que je sache...ceux-ci varient selon les pays , selon les tantriques ou les "sectes" également... , Tantrisme de Gauche ou de Droite ( Gaucher / Droitier ) , etc...
Petit rappel, les Cinq M traditionnels sont :
- Matsya : le poisson
- Mamsha : la viande
- Madya : le vin
- Mudra : les céréales sèches (c'est aussi le nom que l'on donne aux Gestes des mains, une autre traduction parfaitement acceptable compte tenu de l'attribution des mains à certaines parties du corps dans la culture hindoue)
- Maithuna : l'union sexuelle
***** Là , par exemple nous sommes en principe plus à Gauche qu'à Droite (voir ci-dessous entre parenthèses)...Chakra puja , vénération du Lotus. Brièvement: Prise de vijaya. Nettoyage rituel (par le vin ) des organes génitaux de la prêtresse , puis de l'entièreté de son corps (vin , huile de coco et de santal ). Déification de la prêtresse.
Le festin Gaucher comprend:
- Mamsa: boeuf (ou autres viande). --> (généralement remplacé par du lait caillé à Droite)
- Madya: boisson alcoolisée (vin ou autres
...non , pas de Duvel!
). --> (lait de coco)
- Matsya: poisson. ---> (viandes "douces" au gingembre)
- Mudra: substance aphrodisiaque à base de légumes ou de graines séchés. --> ( Riz bouilli)
- Maithuna: acte sexuel rituel concluant le festin. --> ( échange de fleurs...
)
La secte Aghora, la plus extrême des Voies de la Main Gauche, dans son enseignement du Tantra, prône cinq différents M, qui sont :
- ???? (je n'ai pas le nom du premier, désolé) : nécrophagie, consommation de chair humaine morte
- Medha : sang humain
- Meha : urine humaine
- Mala : coprophagie
- Mehana : pénis ou semence
***** Je n'entrerai pas dans les détails , ... :
- Mala: excréments
- Medha: sang humain
- Mutra: urine
- Mahmansa: chair humaine
- Mehana : qui signifie effectivement pénis , mais qui dans ce contexte , représente l'acte de sodomie.
Pour ma part , tout est dit.
Ravenéros
Ave ,
Consécutif à une discussion qui s'était tenu sur la mailing "Le Cercle des Philosophes Noirs" à propos des Cinq M, quelqu'un (Ravenéros il me semble) avait fait remarqué qu'il existait, selon les traditions, une variation plus 'extrême' des Cinq M.
***** Oui , effectivement...mais ce n'est pas la seule , il y en a d'autres en fait...
Tout dépend de quel courant du Tantrisme on parle , il n'y en a pas qu'un pour peu que je sache...ceux-ci varient selon les pays , selon les tantriques ou les "sectes" également... , Tantrisme de Gauche ou de Droite ( Gaucher / Droitier ) , etc...
Petit rappel, les Cinq M traditionnels sont :
- Matsya : le poisson
- Mamsha : la viande
- Madya : le vin
- Mudra : les céréales sèches (c'est aussi le nom que l'on donne aux Gestes des mains, une autre traduction parfaitement acceptable compte tenu de l'attribution des mains à certaines parties du corps dans la culture hindoue)
- Maithuna : l'union sexuelle
***** Là , par exemple nous sommes en principe plus à Gauche qu'à Droite (voir ci-dessous entre parenthèses)...Chakra puja , vénération du Lotus. Brièvement: Prise de vijaya. Nettoyage rituel (par le vin ) des organes génitaux de la prêtresse , puis de l'entièreté de son corps (vin , huile de coco et de santal ). Déification de la prêtresse.
Le festin Gaucher comprend:
- Mamsa: boeuf (ou autres viande). --> (généralement remplacé par du lait caillé à Droite)
- Madya: boisson alcoolisée (vin ou autres
- Matsya: poisson. ---> (viandes "douces" au gingembre)
- Mudra: substance aphrodisiaque à base de légumes ou de graines séchés. --> ( Riz bouilli)
- Maithuna: acte sexuel rituel concluant le festin. --> ( échange de fleurs...
La secte Aghora, la plus extrême des Voies de la Main Gauche, dans son enseignement du Tantra, prône cinq différents M, qui sont :
- ???? (je n'ai pas le nom du premier, désolé) : nécrophagie, consommation de chair humaine morte
- Medha : sang humain
- Meha : urine humaine
- Mala : coprophagie
- Mehana : pénis ou semence
***** Je n'entrerai pas dans les détails , ... :
- Mala: excréments
- Medha: sang humain
- Mutra: urine
- Mahmansa: chair humaine
- Mehana : qui signifie effectivement pénis , mais qui dans ce contexte , représente l'acte de sodomie.
Pour ma part , tout est dit.
Ravenéros
Archive- Invité
Re: Cinq M
Mestoph à écrit :
HC a lu le post et il fera peut être une réponse, mais le forum n'a pas été accessible de toute la journée. Il semblerait qu'effectivement, il y ait des problèmes de compréhension dans la démarche de Trungpa, qui était considéré comme un réel Eveillé.
a+
Mestoph
HC a lu le post et il fera peut être une réponse, mais le forum n'a pas été accessible de toute la journée. Il semblerait qu'effectivement, il y ait des problèmes de compréhension dans la démarche de Trungpa, qui était considéré comme un réel Eveillé.
a+
Mestoph
Archive- Invité
Re: Cinq M
Camilla n'ha Marcella à écrit :
Rebonsoir, Mestoph.
Merci à Ravenéros pour ces précisions bien utiles (pour moi en tout cas).
Pour qu'il y ait compréhension, il faut qu'il y ait quelque chose à comprendre et quelqu'un pour comprendre. Dans le cas présent, mon interprétation peut être erronée, nos objectifs et leur contexte peuvent être différents, ou plein d'autres hypothèses encore. Mon but, là, n'est pas de dénigrer ni de polémiquer, mais de réellement comprendre. Parce que là où j'en suis, l'hypothèse qui est la mienne ne me satisfait pas énormément, mais c'est la seule qui me semble vraisemblable. Si je n'ai pas vu les autres, eh bien je ne demande qu'à les voir ! :-)
AMDG
Camilla n'ha Marcella
Rebonsoir, Mestoph.
Merci à Ravenéros pour ces précisions bien utiles (pour moi en tout cas).
Pour qu'il y ait compréhension, il faut qu'il y ait quelque chose à comprendre et quelqu'un pour comprendre. Dans le cas présent, mon interprétation peut être erronée, nos objectifs et leur contexte peuvent être différents, ou plein d'autres hypothèses encore. Mon but, là, n'est pas de dénigrer ni de polémiquer, mais de réellement comprendre. Parce que là où j'en suis, l'hypothèse qui est la mienne ne me satisfait pas énormément, mais c'est la seule qui me semble vraisemblable. Si je n'ai pas vu les autres, eh bien je ne demande qu'à les voir ! :-)
AMDG
Camilla n'ha Marcella
Archive- Invité
Re: Cinq M
Virakocha à écrit :
Merci à tous pour cette discussion dont, j'avoue, ne pas pouvoir vraiment m'imiscer, faute de connaissances spécifiques.
Mais il y a un point que Mestoph a soulevé et qui m'a interpelé:
"Qu'est-ce que l'Eveil?"
Oh, je ne vous demande pas de répondre, et surtout pas en termes abscons, propres aux théoriciens ésotériques en mal d'explications qui leur conviennent, faute de mots simples et efficaces. J'ajouterais même:
"A quoi çà sert?"
Simple réflexion, en somme, mais... essentielle... avant de se noyer dans d'obscures considérations philosophiques qui, finalement, ne contentent que ceux et celles qui y macèrent.
Veuillez excuser mon impertinence, mais je suis sûr que d'aucuns se posent les mêmes questions.
Virakocha.
Merci à tous pour cette discussion dont, j'avoue, ne pas pouvoir vraiment m'imiscer, faute de connaissances spécifiques.
Mais il y a un point que Mestoph a soulevé et qui m'a interpelé:
"Qu'est-ce que l'Eveil?"
Oh, je ne vous demande pas de répondre, et surtout pas en termes abscons, propres aux théoriciens ésotériques en mal d'explications qui leur conviennent, faute de mots simples et efficaces. J'ajouterais même:
"A quoi çà sert?"
Simple réflexion, en somme, mais... essentielle... avant de se noyer dans d'obscures considérations philosophiques qui, finalement, ne contentent que ceux et celles qui y macèrent.
Veuillez excuser mon impertinence, mais je suis sûr que d'aucuns se posent les mêmes questions.
Virakocha.
Archive- Invité
Re: Cinq M
Mestoph à écrit :
[quote="Ravenéros]***** Je n'entrerai pas dans les détails , .. :
- Mala: excréments
- Medha: sang humain
- Mutra: urine
- Mahmansa: chair humaine
- Mehana : qui signifie effectivement pénis , mais qui dans ce contexte , représente l'acte de sodomie.
Pour ma part , tout est dit.
[/quote]
Merci pour les précisions. Pourquoi ne pas vouloir t'étendre sur le sujet ?
AM
Mestoph
[quote="Ravenéros]***** Je n'entrerai pas dans les détails , .. :
- Mala: excréments
- Medha: sang humain
- Mutra: urine
- Mahmansa: chair humaine
- Mehana : qui signifie effectivement pénis , mais qui dans ce contexte , représente l'acte de sodomie.
Pour ma part , tout est dit.
[/quote]
Merci pour les précisions. Pourquoi ne pas vouloir t'étendre sur le sujet ?
AM
Mestoph
Archive- Invité
Re: Cinq M
Mestoph à écrit :
Bonjour, mon ami me demande d’écrire quelques mots sur ce sujet.
Concernant la Voie Aghora, qui est en effet l’une des voies tantriques de la main gauche les plus radicales, je ne puis que conseiller, avant tout jugement péremptoire, la lecture des volumes que lui consacre Robert Svoboda aux éditions du Relié.
Il est curieux que ce soient toujours les aspects les plus sombres et les rites les plus pestilentiels et pathogènes de ces voies qui retiennent l’attention de nos jeunes occultistes. A croire qu’une main gauche plus modérée ne leur conviendrait pas. Car plus simplement, l’on qualifie de main droite ou Dakshina-marga, la voie tantrique sans union sexuelle concrète ; tandis que le Vama-marga ou tantra de la main gauche, implique une union sexuelle rituelle effectuée concrètement. C’est un signe externe par lequel il est aisé de les distinguer, même si la sexualité y est bien moins importante qu’on ne l’imagine. Une définition claire, simple de la main gauche, est que cette dernière à recours à l’utilisation des cinq poisons de l’esprit en tant que nectars même de l’éveil, manière de dire qu’au fond, toute émergence est auto-libérée dés la source, aussi “tamasique” soit-elle. Pourquoi donc aller directement aux extrêmes ou compliquer les choses ? Coprophagie, nécrophagie, meurtre rituel... Est-elle plus authentique d’être plus dégueulasse ? Non. Il y a des degrés, certes, mais l’on n’est pas allé plus loin d’avoir fait pire, qu’on ne s’y trompe pas. Il n’est pas dit non plus que le besoin du pire soit absolue nécessité.
Aussi, même ces extrêmes de l’Aghora ne sont pas ce qu’en imaginent les tenants d’une “voie de la main gauche” occidentale, si pauvre, si rudimentaire parfois qu’elle s’en va mendier ailleurs tous les contenus dont elle manque pour établir ses “parallèles” syncrétiques : chakras, kundalini, shakti, voilà les mots que l’on retrouve même en occident. Depuis le temps que l’on surfe, l’on aura remarqué à quel point la distinction entre le tantra de droite et de gauche est devenue la tarte à la crème de l’occultiste errant, manière de s’offrir à peu de frais la joie d’écraser le petit au cœur tendre, d’entretenir le sentiment d’appartenance à une élite glorieuse, noire du plus noir, nietzschéenne, surhumaine, voire anti-humaine. Cette Voie, l’occultiste la dévoie et s’y fourvoie. Le fait n’est pas nouveau et déjà Evola, Alexandre Douguine, ont pu écrire sur le sujet et en trahir l’esprit, au point de dire, pour ce dernier, que seule la voie de la main gauche est proprement initiatique, l’autre n’étant faite que pour les moutons adonnés au rêve, à l’illusion du bonheur, ces pauvres et fragiles bestioles humaines qui n’ont rien compris !
Facile, manichéen, dualiste comme la pensée automatique, mécanique et irréfléchie dont nous parle Gurdjieff, celle-là justement qu’il nous faudrait dépasser pour un peu plus d’initiatique. Qui pense comme un mouton, finalement ? Qui manque de créativité ? Qui laisse se déployer l’esprit neuf qui échappe au temps, au passé et au futur, sur-le-champ ? Main gauche devient alors synonyme de criminel, fasciste, élitiste, misanthrope, taré. “ Celui qui suit la voie de la main gauche ne rit JAMAIS “ insiste Douguine. Pauvre Douguine. C’est pourtant vrai qu’ils ont l’air triste et incompris, les pratiquants de la main gauche que nous croisons ça et là sur la toile, errant sur les sites de “newbies”. Ce n’est que mérité.
La voilà bien trahie, dans l’esprit et la forme, cette voie de la main gauche, là où même le pratiquant de ses formes les plus sévères écrit pourtant : “ N’écoutez jamais les soi-disant swamis qui vous disent que vous devez devenir froids et morts pour progresser spirituellement. Ils ne peuvent dire ce genre de choses que parce qu’ils ont oublié ce qui signifie avoir un cœur “
(L’Aghori Vimalananda). Oui, c’est bien un maître Aghori qui tient ce propos qui rédime l’humain. Et une yogini de faire remarquer que cette Voie “ c’est tomber amoureux ; ce n’est pas un choix de carrière “. Encore une fois de l’amour, quand bien même serait-il aussi noir que la voûte céleste et exprimé dans le charnier des haines.
L’ésotérique, l’initiatique, est de la main droite autant que de la main gauche. Il apparaît dans le bouddhisme tibétain dés lors que l’on prolonge le niveau mahayaniste par celui du tantrisme (ou vajrayana). Ainsi la frontière vers l’ésotérique, le point de rupture sans discontinuité n’est-il pas établi au niveau de la droite et de la gauche, mais bel et bien au niveau de l’énergie et de l’organique de l’éveil, dans le passage du concevoir au VOIR, ou comme ils disent, dans le passage de “la claire lumière de conception” à “la claire lumière réelle”. On entre donc dans l’ésotérisme en entrant dans le niveau tantrique, qu’il soit de droite ou de gauche. Et le tantra a fortement à voir avec la magie.
Ce que l’on appelle voie de la main gauche occidentale est la plupart du temps une reconstitution pillant allègrement les sources orientales en leur donnant un habillage local, en trahissant les contenus, en reprenant les termes. Cela attire de jeunes gens plutôt imbus de leurs “connaissances” et de leur “importance”, en mal de sensations fortes, croyant dur comme fer à leur glorieuse construction mythique, avides du plus secret. Ainsi ce genre de site http://vmg.chaosmagic.com/ (malgré l’URL, rien à voir avec la chaos magick) où les plus belles joyeusetés se trouvent compilées, où des débutants pas sortis de la vingtaine en séduisent d’autres de pas vingt ans, où abondent les approximations, où se côtoient des traditions remontant à 30, 40, 50 ans maximum, mais vieillies de 5000 ans, où la main gauche se noie dans la vulgarisation psychologiste, entre Seth et Nécronomicon, Nietzsche et Gurdjieff, où la “déification” perpétue du moi l’erreur, où l’Aghori aurait pourtant tôt fait de reconnaître un Spérandio de la main gauche et les motifs politiques de la manipulation. Qu’on y assimile Gurdjieff à la main gauche et Crowley à la main droite ne plaide guère en sa faveur d’ailleurs.
Soyons clairs, restons dans l’évidence : au regard des voies de la main gauche traditionnelle, que sont ces reconstitutions occulteuses sinon des flaques d’eau croupie se prenant pour des océans de réalisation ? Qu’ont a voir les petits maîtres et leurs bidouillages occultes avec la splendeur patente de leurs “équivalents” tantriques et leur magie manifeste, leur évidente preuve d’accomplissement jaillie de la rencontre, leur énergie surabondante, celle dont on apprend même en l’absence d’enseignements et de paroles ? D’ailleurs, les véritables traditions ne reconnaissent pas ces tartufferies, les fuient, les écartent de leurs mystères. Qu’on lise les préfaces de Philippe Cornu aux traductions de ses livres sur le Dzogchen : on se méfie ouvertement de ce que vont en faire les occultistes, on craint à raison de les voir citer l’œuvre, emprunter les méthodes. On sait qu’ils vont salir l’enseignement, le piller, le tuer en le pervertissant, en faire une soupe syncrétique et indigeste. Et d’ailleurs, que gagne-t-on réellement à exporter en occident des expressions telles que “main gauche” et “main droite”, puisque celles-ci sont nées dans le tantra et devraient y rester ?
De plus, faut-il le rappeler ? Le tantra de la main gauche est un ésotérisme, voire même un ésotérisme dans l’ésotérisme. Il ne s’adresse pas directement à des débutants comme nous, car on commence par le hinayana, on poursuit par le mahayana et on enchaîne, peut-être, par le vajrayana (tantra). Qui peut le plus doit nécessairement pouvoir le “moins”. Bref, on s’asseoit, on use le zafu bien avant même de parler des 5 M. Le temps actuel de Kali accélère les étapes mais ne les saute pas. Cette voie exige de nous une soigneuse préparation. Elle est précédées de multiples avertissements. On ne la trouve pas sur Internet. Elle ne recrute pas. Elle ne se vend pas, ne se proclame pas. On ne cotise pas pour elle. On ne l’enseigne pas par correspondance. On ne la pratique pas sans influence directe de l’Autre Rive. On la tait même à ceux qui les lamas fréquentent. Et lorsque l’on sait que même des maîtres aussi réputés que Daniel Odier disent clairement et honnêtement ne pas être prêts à en célébrer les rites, qu’en est-il de nous et de notre superbe d’êtres expérimentés ? Qu’allons-nous parler de “main gauche” sur des forums de “newbies” à grande fréquentation, si ce n’est pour nous y faire mousser, montrer que l’on est dans le secret des dieux ? Par là même n’y avons-nous proclamé que notre incroyable stupidité et notre incompétence. Nous sommes les petites flaques d’eau occultisantes et prétentieuses qui salissent tout ce qu’elles touchent. Voilà ce que nous sommes...
Mais “Fais ce que tu veux”.
Le prochain post parlera de l’immense Trungpa, de son alcoolisme et de son goût des femmes. Si quelque erreur s’est glissée dans ce post, elle est mienne et non des enseignements présentés.
Hôte-Cerf, pour l’ami.
Bonjour, mon ami me demande d’écrire quelques mots sur ce sujet.
Concernant la Voie Aghora, qui est en effet l’une des voies tantriques de la main gauche les plus radicales, je ne puis que conseiller, avant tout jugement péremptoire, la lecture des volumes que lui consacre Robert Svoboda aux éditions du Relié.
Il est curieux que ce soient toujours les aspects les plus sombres et les rites les plus pestilentiels et pathogènes de ces voies qui retiennent l’attention de nos jeunes occultistes. A croire qu’une main gauche plus modérée ne leur conviendrait pas. Car plus simplement, l’on qualifie de main droite ou Dakshina-marga, la voie tantrique sans union sexuelle concrète ; tandis que le Vama-marga ou tantra de la main gauche, implique une union sexuelle rituelle effectuée concrètement. C’est un signe externe par lequel il est aisé de les distinguer, même si la sexualité y est bien moins importante qu’on ne l’imagine. Une définition claire, simple de la main gauche, est que cette dernière à recours à l’utilisation des cinq poisons de l’esprit en tant que nectars même de l’éveil, manière de dire qu’au fond, toute émergence est auto-libérée dés la source, aussi “tamasique” soit-elle. Pourquoi donc aller directement aux extrêmes ou compliquer les choses ? Coprophagie, nécrophagie, meurtre rituel... Est-elle plus authentique d’être plus dégueulasse ? Non. Il y a des degrés, certes, mais l’on n’est pas allé plus loin d’avoir fait pire, qu’on ne s’y trompe pas. Il n’est pas dit non plus que le besoin du pire soit absolue nécessité.
Aussi, même ces extrêmes de l’Aghora ne sont pas ce qu’en imaginent les tenants d’une “voie de la main gauche” occidentale, si pauvre, si rudimentaire parfois qu’elle s’en va mendier ailleurs tous les contenus dont elle manque pour établir ses “parallèles” syncrétiques : chakras, kundalini, shakti, voilà les mots que l’on retrouve même en occident. Depuis le temps que l’on surfe, l’on aura remarqué à quel point la distinction entre le tantra de droite et de gauche est devenue la tarte à la crème de l’occultiste errant, manière de s’offrir à peu de frais la joie d’écraser le petit au cœur tendre, d’entretenir le sentiment d’appartenance à une élite glorieuse, noire du plus noir, nietzschéenne, surhumaine, voire anti-humaine. Cette Voie, l’occultiste la dévoie et s’y fourvoie. Le fait n’est pas nouveau et déjà Evola, Alexandre Douguine, ont pu écrire sur le sujet et en trahir l’esprit, au point de dire, pour ce dernier, que seule la voie de la main gauche est proprement initiatique, l’autre n’étant faite que pour les moutons adonnés au rêve, à l’illusion du bonheur, ces pauvres et fragiles bestioles humaines qui n’ont rien compris !
Facile, manichéen, dualiste comme la pensée automatique, mécanique et irréfléchie dont nous parle Gurdjieff, celle-là justement qu’il nous faudrait dépasser pour un peu plus d’initiatique. Qui pense comme un mouton, finalement ? Qui manque de créativité ? Qui laisse se déployer l’esprit neuf qui échappe au temps, au passé et au futur, sur-le-champ ? Main gauche devient alors synonyme de criminel, fasciste, élitiste, misanthrope, taré. “ Celui qui suit la voie de la main gauche ne rit JAMAIS “ insiste Douguine. Pauvre Douguine. C’est pourtant vrai qu’ils ont l’air triste et incompris, les pratiquants de la main gauche que nous croisons ça et là sur la toile, errant sur les sites de “newbies”. Ce n’est que mérité.
La voilà bien trahie, dans l’esprit et la forme, cette voie de la main gauche, là où même le pratiquant de ses formes les plus sévères écrit pourtant : “ N’écoutez jamais les soi-disant swamis qui vous disent que vous devez devenir froids et morts pour progresser spirituellement. Ils ne peuvent dire ce genre de choses que parce qu’ils ont oublié ce qui signifie avoir un cœur “
(L’Aghori Vimalananda). Oui, c’est bien un maître Aghori qui tient ce propos qui rédime l’humain. Et une yogini de faire remarquer que cette Voie “ c’est tomber amoureux ; ce n’est pas un choix de carrière “. Encore une fois de l’amour, quand bien même serait-il aussi noir que la voûte céleste et exprimé dans le charnier des haines.
L’ésotérique, l’initiatique, est de la main droite autant que de la main gauche. Il apparaît dans le bouddhisme tibétain dés lors que l’on prolonge le niveau mahayaniste par celui du tantrisme (ou vajrayana). Ainsi la frontière vers l’ésotérique, le point de rupture sans discontinuité n’est-il pas établi au niveau de la droite et de la gauche, mais bel et bien au niveau de l’énergie et de l’organique de l’éveil, dans le passage du concevoir au VOIR, ou comme ils disent, dans le passage de “la claire lumière de conception” à “la claire lumière réelle”. On entre donc dans l’ésotérisme en entrant dans le niveau tantrique, qu’il soit de droite ou de gauche. Et le tantra a fortement à voir avec la magie.
Ce que l’on appelle voie de la main gauche occidentale est la plupart du temps une reconstitution pillant allègrement les sources orientales en leur donnant un habillage local, en trahissant les contenus, en reprenant les termes. Cela attire de jeunes gens plutôt imbus de leurs “connaissances” et de leur “importance”, en mal de sensations fortes, croyant dur comme fer à leur glorieuse construction mythique, avides du plus secret. Ainsi ce genre de site http://vmg.chaosmagic.com/ (malgré l’URL, rien à voir avec la chaos magick) où les plus belles joyeusetés se trouvent compilées, où des débutants pas sortis de la vingtaine en séduisent d’autres de pas vingt ans, où abondent les approximations, où se côtoient des traditions remontant à 30, 40, 50 ans maximum, mais vieillies de 5000 ans, où la main gauche se noie dans la vulgarisation psychologiste, entre Seth et Nécronomicon, Nietzsche et Gurdjieff, où la “déification” perpétue du moi l’erreur, où l’Aghori aurait pourtant tôt fait de reconnaître un Spérandio de la main gauche et les motifs politiques de la manipulation. Qu’on y assimile Gurdjieff à la main gauche et Crowley à la main droite ne plaide guère en sa faveur d’ailleurs.
Soyons clairs, restons dans l’évidence : au regard des voies de la main gauche traditionnelle, que sont ces reconstitutions occulteuses sinon des flaques d’eau croupie se prenant pour des océans de réalisation ? Qu’ont a voir les petits maîtres et leurs bidouillages occultes avec la splendeur patente de leurs “équivalents” tantriques et leur magie manifeste, leur évidente preuve d’accomplissement jaillie de la rencontre, leur énergie surabondante, celle dont on apprend même en l’absence d’enseignements et de paroles ? D’ailleurs, les véritables traditions ne reconnaissent pas ces tartufferies, les fuient, les écartent de leurs mystères. Qu’on lise les préfaces de Philippe Cornu aux traductions de ses livres sur le Dzogchen : on se méfie ouvertement de ce que vont en faire les occultistes, on craint à raison de les voir citer l’œuvre, emprunter les méthodes. On sait qu’ils vont salir l’enseignement, le piller, le tuer en le pervertissant, en faire une soupe syncrétique et indigeste. Et d’ailleurs, que gagne-t-on réellement à exporter en occident des expressions telles que “main gauche” et “main droite”, puisque celles-ci sont nées dans le tantra et devraient y rester ?
De plus, faut-il le rappeler ? Le tantra de la main gauche est un ésotérisme, voire même un ésotérisme dans l’ésotérisme. Il ne s’adresse pas directement à des débutants comme nous, car on commence par le hinayana, on poursuit par le mahayana et on enchaîne, peut-être, par le vajrayana (tantra). Qui peut le plus doit nécessairement pouvoir le “moins”. Bref, on s’asseoit, on use le zafu bien avant même de parler des 5 M. Le temps actuel de Kali accélère les étapes mais ne les saute pas. Cette voie exige de nous une soigneuse préparation. Elle est précédées de multiples avertissements. On ne la trouve pas sur Internet. Elle ne recrute pas. Elle ne se vend pas, ne se proclame pas. On ne cotise pas pour elle. On ne l’enseigne pas par correspondance. On ne la pratique pas sans influence directe de l’Autre Rive. On la tait même à ceux qui les lamas fréquentent. Et lorsque l’on sait que même des maîtres aussi réputés que Daniel Odier disent clairement et honnêtement ne pas être prêts à en célébrer les rites, qu’en est-il de nous et de notre superbe d’êtres expérimentés ? Qu’allons-nous parler de “main gauche” sur des forums de “newbies” à grande fréquentation, si ce n’est pour nous y faire mousser, montrer que l’on est dans le secret des dieux ? Par là même n’y avons-nous proclamé que notre incroyable stupidité et notre incompétence. Nous sommes les petites flaques d’eau occultisantes et prétentieuses qui salissent tout ce qu’elles touchent. Voilà ce que nous sommes...
Mais “Fais ce que tu veux”.
Le prochain post parlera de l’immense Trungpa, de son alcoolisme et de son goût des femmes. Si quelque erreur s’est glissée dans ce post, elle est mienne et non des enseignements présentés.
Hôte-Cerf, pour l’ami.
Archive- Invité
Re: Cinq M
Mestoph à écrit :
Bonjour,
D’où tient-on que Chogyam Trungpa proposait une voie à forte tendance désocialisante ? Ce n’est pas du tout le cas. Car enfin, voilà bien un homme inouï qui aura vécu toute sa vie en Bodhisattva et bien plus encore que cela. Ce qui signifie : ABSENCE TOTALE DE VIE PRIVÉE, aucun espace réservé et entière dédicace à ses étudiants et au dharma, voilà qui le caractérise. Ses étudiants l’accompagnaient jusque devant la porte des toilettes qu’il laissait parfois ouverte afin de poursuivre la conversation ; quand il prenait sa douche, un kasung était toujours là pour lui tendre la savonnette. Le nouvel étudiant arrivé avec retard avait la surprise d’être reçu dans la chambre à coucher du maître où Diana Mukpo, son épouse, passait en tenue légère. “Chokiyi chéri, quand viendras-tu te coucher ?”. Quel changement au regard du cérémoniel entourant d’habitude les maîtres tibétains ! Quelle déroute pour l’étudiant attaché à l’image du lama et des conventions de sagesse! Mais c’est que Trungpa n’était pas seulement un Bodhisattva, un maître du Mahayana. Onzième tulku des Trungpa, il était aussi détenteur vajra, vidyadhara, lequel est au tantra ce que le Bodhisattva est au Mahayana. Il connaissait parfaitement la culture occidentale et était même, chose rare pour un tibétain, familier d’enseignements aussi variés que ceux de Castaneda ou de Gurdjieff. Il était capable d’enseigner à tous les niveaux, qu’il s’agisse du Hinayana, du Mahayana ou du Tantrayana, avec le souffle toujours présent de la voie immédiate.
Le style d’enseignement de Trungpa est difficile à comprendre tant que l’on exige de lui qu’il soit semblable à celui des autres maîtres tibétains. Nous autres occidentaux, parlons de réincarnation et de karma comme s’il s’agissait de doctrines ésotériques. Or, ces enseignements sur lesquels s’étendent tant de maîtres tibétains ne sont que l’exotérisme du bouddhisme. Il est étrange que par une sorte d’inversion, toutes ces doctrines nous soient parvenues en occident affublées du qualificatif d’ésotérisme. La faute sans doute au théosophisme. Et d’ailleurs, si le Mahayana connaît tant de succès en occident, c’est bien parce qu’il ressemble de très prés au catholicisme. Contrairement à ce que font beaucoup de lamas, Trungpa refusa toute sa vie de jouer sur l’exotique et le dépaysement. Il dénonçait la tendance de ses confrères à trop parler de réincarnation et de karma. Sa compagnie, loin d’être un monde lénifiant de douceur compassionnelle était très électrique, dérangeante, passionnelle.
Mort à 47 ans, il laisse derrière lui plusieurs fondations, une université où chaque année s’inscrivent plus de 1500 étudiants, une somme incroyable d’enseignements écrits dont on dit pourtant qu’ils ne représentent que 10% de sa transmission et surtout, un enseignement initiatique entièrement nouveau, dépouillé, conçu spécialement pour les occidentaux : L’Apprentissage Shamballah ou la voie sacrée du guerrier. Voilà bien une initiative qu’aucun autre lama n’aurait eu la vaillance de créer. Il y parle de magie en des termes inconnus de nous tous. D’ailleurs, ses pouvoirs de grand siddha étaient manifestes. L’ampleur de ses réalisations devrait donc nous inviter à plus de modestie, là où les meilleurs d’entre nous restent loin, très loin derrière, malgré nos prétentions à normoser la voie. Alors l’ego de Trungpa, l’alcool, le sexe et la voie, n’est-ce pas, les questions sur l’éveil, sur son utilité, sur qui l’est et qui ne l’est pas, cela en dit long sur ce que nous sommes et croyons être, sur la monstruosité de notre matérialisme spirituel et la façon dont nous pervertissons les enseignements dés que nous les touchons.
Mais pour qui nous prenons-nous, hein ?
Or justement, l’enseignement de Shamballah est un tantra d’une remarquable simplicité et d’une redoutable efficacité. Parfaitement laïque, non religieux, l’Apprentissage Shamballah projette le Sangha et l’initiatique sur l’ensemble du champ social. Le terrain d’initiation devient alors le milieu domestique, le travail, le bureau, la rue, l’urbanité, la politique, l’art. Il n’y a plus de domaine profane séparé du domaine sacré mais au contraire, tout est le Sangha en vue d’une société éveillée. On est donc aux autipodes d’une désocialisation.
Mais il est vrai cependant que certains sont amenés parfois à une désocialisation du fait de leur parcours. Ceci n’est pourtant pas l’apanage des voies de la main gauche, mais bien plutôt d’un passage singulier au niveau tantrique, au niveau de “la claire lumière réelle”. C’est ainsi que le chrétien orthodoxe russe, Simon Slos, attendait toujours que les rues soient pleines de monde pour que tous le voient entrer dans les tavernes et les bordels. Il pratiquait une chasteté rouge. On le croyait pervers là où il était chaste. Mais il est difficile de parler de cela comme d’une méthode ou d’un calcul en vue de réaliser ceci ou cela. C’est un style de vie correspondant à des idiosyncrasies particulières.
Trungpa buvait et ne s’en cachait pas. Ses étudiants, eux, ont longtemps caché la chose ; mais lui, non. Il n’a pas tenté de se justifier par des arguments spirituels ou la folle sagesse, quand bien même fut-il une vivante proclamation de cette sagesse. Dans l’ensemble de son oeuvre il ne consacre qu’un chapitre (in “Le Cœur du Sujet”) aux effets spirituels de la prise d’alcool. “ Le seul moyen de pénétrer le centre est d’accepter sa propre confusion, de ne rien faire pour la masquer “. Quand on lui demandait s’il était vrai qu’il couchait souvent avec ses étudiantes, Trungpa se contentait de répondre : “ Je suis amoureux de tous mes étudiants “. Et c’était vrai. Car plus que de la compassion, Trungpa a une véritable passion pour ses étudiants. Voilà un vrai, un authentique tantrika. Devant un auditoire de plus de 500 personnes, même ceux qui sont au fond de la salle ont l’impression d’entre regardés dans les yeux par l’amant. On s’adresse à eux personnellement. Ils sont vus et reconnus. On les appelle par leur petit nom.
Le style déroutant de Trungpa qui contraste avec celui d’autres maîtres tibétains lui a valu de nombreuses critiques contre lesquelles il ne s’est pas défendu. Aussi bien de la part de certains de ses étudiants que de la part de lamas jaloux.
Mais tout changea lors de la visite que lui rendit le XVIème karmapa. Ce dernier fait taire la critique lors de la cérémonie de la coiffe noire où il le déclare officiellement vidyadhara, maître tantrique et Siddha, détenteur du pouvoir-vajra. Il s’émerveille du travail accompli par Trunpga en si peu d’années. En observant les étudiants, il s’étonne de leurs extraordinaires progrès, de leur maturité spirituelle. Comment a-t-il pu transformer cette bande de hippies en rois et reines de Shamballah ? Car ces derniers n’avaient nul besoin de désocialisation mais bel et bien du contraire. Les portraits de Trungpa ornent encore de nos jours les autels des Temples Kagyu, voisinant avec ceux du Dalai-lama, Dilgo Kyentse ou Kalou Rinpoche. Il est considéré comme étant l’un des plus grands maîtres bouddhistes du XXème siècle et surtout, comme le plus créatif et le plus original.
S’il fut longtemps moine, Trungpa ne l’était plus dés son arrivée aux USA. Suite à un grave accident lors duquel, en Ecosse, il défonce la vitrine d’un magasin de farces et attrapes, il entre en retraite, médite la suite du programme et décide d’abandonner la vie monastique, de prendre femme et de partir pour les USA. A partir de ce moment, il devient tel Padmasambhava venu implanter le dharma au Tibet. La vaillance avec laquelle il innove n’a d’égale que la profondeur avec laquelle il proclame le dharma et les enseignements les plus réservés. La lignée à laquelle il appartient (il a en réalité un double lignage) est celles des Milarepa, Gampopa, Marpa, lignée connue pour être celle de ceux qui “semblent toujours avoir raté quelque chose”, “ceux qui semblent avoir échoué”, ceci en raison du caractère parfois non conventionnel du style d’enseignement de ce genre de maître. Ainsi y trouve-t-on un ancien criminel, un proxénète, des alcooliques, un homme particulièrement colérique, mais aussi certains parfaits et purs ascètes. Un exemple de style non-conventionnel : Milarepa fut refusé par son maître pendant des dizaines d’années parce qu’il avait pratiqué la magie noire. Quand enfin le maître le prend à son service, savez-vous ce qu’il lui demande ? Il lui demande de recommencer à pratiquer la magie noire pour éliminer les ennemis du maître. Milarepa n’y comprend alors plus rien.
Chogyam Trungpa buvait beaucoup et était largement critiqué pour son alcoolisme. Lorsque le Naropa Institute qu’il fonda fut mis en chantier, une collecte de fonds fut organisée et de riches donateurs furent invités à travers tout le pays. Rinpoché devait prononcer le discours d’ouverture. Ce jour-là, il commença à boire dés le matin et, à la grande inquiétude de ses étudiants, il but tout au long de la journée une telle quantité de saké qu’au moment où il devait s’adresser aux donateurs, il était dans un triste état et incapable de parler. Furieux, gêné, un de ses proches disciples, assis dans le public, regarda son maître ivre, mettant en doute sa maîtrise et observant son comportement avec mépris. Immédiatement, Trungpa ouvrit un oeil tout à fait sobre et regarda droit dans les yeux son disciple qui doutait de lui, puis il referma l’œil.
Voilà. N’étant pas un disciple de Trungpa, je ne suis pas des plus qualifiés pour présenter en détails ses enseignements. J’espère néanmoins que ce post ne contient pas trop d’erreurs et servira de digne hommage de réparation au Vidyadhara Trungpa. Pour en savoir davantage, tapez son nom dans les moteurs de recherche.
Salutations et bonne route,
Hôte-Cerf
Bonjour,
D’où tient-on que Chogyam Trungpa proposait une voie à forte tendance désocialisante ? Ce n’est pas du tout le cas. Car enfin, voilà bien un homme inouï qui aura vécu toute sa vie en Bodhisattva et bien plus encore que cela. Ce qui signifie : ABSENCE TOTALE DE VIE PRIVÉE, aucun espace réservé et entière dédicace à ses étudiants et au dharma, voilà qui le caractérise. Ses étudiants l’accompagnaient jusque devant la porte des toilettes qu’il laissait parfois ouverte afin de poursuivre la conversation ; quand il prenait sa douche, un kasung était toujours là pour lui tendre la savonnette. Le nouvel étudiant arrivé avec retard avait la surprise d’être reçu dans la chambre à coucher du maître où Diana Mukpo, son épouse, passait en tenue légère. “Chokiyi chéri, quand viendras-tu te coucher ?”. Quel changement au regard du cérémoniel entourant d’habitude les maîtres tibétains ! Quelle déroute pour l’étudiant attaché à l’image du lama et des conventions de sagesse! Mais c’est que Trungpa n’était pas seulement un Bodhisattva, un maître du Mahayana. Onzième tulku des Trungpa, il était aussi détenteur vajra, vidyadhara, lequel est au tantra ce que le Bodhisattva est au Mahayana. Il connaissait parfaitement la culture occidentale et était même, chose rare pour un tibétain, familier d’enseignements aussi variés que ceux de Castaneda ou de Gurdjieff. Il était capable d’enseigner à tous les niveaux, qu’il s’agisse du Hinayana, du Mahayana ou du Tantrayana, avec le souffle toujours présent de la voie immédiate.
Le style d’enseignement de Trungpa est difficile à comprendre tant que l’on exige de lui qu’il soit semblable à celui des autres maîtres tibétains. Nous autres occidentaux, parlons de réincarnation et de karma comme s’il s’agissait de doctrines ésotériques. Or, ces enseignements sur lesquels s’étendent tant de maîtres tibétains ne sont que l’exotérisme du bouddhisme. Il est étrange que par une sorte d’inversion, toutes ces doctrines nous soient parvenues en occident affublées du qualificatif d’ésotérisme. La faute sans doute au théosophisme. Et d’ailleurs, si le Mahayana connaît tant de succès en occident, c’est bien parce qu’il ressemble de très prés au catholicisme. Contrairement à ce que font beaucoup de lamas, Trungpa refusa toute sa vie de jouer sur l’exotique et le dépaysement. Il dénonçait la tendance de ses confrères à trop parler de réincarnation et de karma. Sa compagnie, loin d’être un monde lénifiant de douceur compassionnelle était très électrique, dérangeante, passionnelle.
Mort à 47 ans, il laisse derrière lui plusieurs fondations, une université où chaque année s’inscrivent plus de 1500 étudiants, une somme incroyable d’enseignements écrits dont on dit pourtant qu’ils ne représentent que 10% de sa transmission et surtout, un enseignement initiatique entièrement nouveau, dépouillé, conçu spécialement pour les occidentaux : L’Apprentissage Shamballah ou la voie sacrée du guerrier. Voilà bien une initiative qu’aucun autre lama n’aurait eu la vaillance de créer. Il y parle de magie en des termes inconnus de nous tous. D’ailleurs, ses pouvoirs de grand siddha étaient manifestes. L’ampleur de ses réalisations devrait donc nous inviter à plus de modestie, là où les meilleurs d’entre nous restent loin, très loin derrière, malgré nos prétentions à normoser la voie. Alors l’ego de Trungpa, l’alcool, le sexe et la voie, n’est-ce pas, les questions sur l’éveil, sur son utilité, sur qui l’est et qui ne l’est pas, cela en dit long sur ce que nous sommes et croyons être, sur la monstruosité de notre matérialisme spirituel et la façon dont nous pervertissons les enseignements dés que nous les touchons.
Mais pour qui nous prenons-nous, hein ?
Or justement, l’enseignement de Shamballah est un tantra d’une remarquable simplicité et d’une redoutable efficacité. Parfaitement laïque, non religieux, l’Apprentissage Shamballah projette le Sangha et l’initiatique sur l’ensemble du champ social. Le terrain d’initiation devient alors le milieu domestique, le travail, le bureau, la rue, l’urbanité, la politique, l’art. Il n’y a plus de domaine profane séparé du domaine sacré mais au contraire, tout est le Sangha en vue d’une société éveillée. On est donc aux autipodes d’une désocialisation.
Mais il est vrai cependant que certains sont amenés parfois à une désocialisation du fait de leur parcours. Ceci n’est pourtant pas l’apanage des voies de la main gauche, mais bien plutôt d’un passage singulier au niveau tantrique, au niveau de “la claire lumière réelle”. C’est ainsi que le chrétien orthodoxe russe, Simon Slos, attendait toujours que les rues soient pleines de monde pour que tous le voient entrer dans les tavernes et les bordels. Il pratiquait une chasteté rouge. On le croyait pervers là où il était chaste. Mais il est difficile de parler de cela comme d’une méthode ou d’un calcul en vue de réaliser ceci ou cela. C’est un style de vie correspondant à des idiosyncrasies particulières.
Trungpa buvait et ne s’en cachait pas. Ses étudiants, eux, ont longtemps caché la chose ; mais lui, non. Il n’a pas tenté de se justifier par des arguments spirituels ou la folle sagesse, quand bien même fut-il une vivante proclamation de cette sagesse. Dans l’ensemble de son oeuvre il ne consacre qu’un chapitre (in “Le Cœur du Sujet”) aux effets spirituels de la prise d’alcool. “ Le seul moyen de pénétrer le centre est d’accepter sa propre confusion, de ne rien faire pour la masquer “. Quand on lui demandait s’il était vrai qu’il couchait souvent avec ses étudiantes, Trungpa se contentait de répondre : “ Je suis amoureux de tous mes étudiants “. Et c’était vrai. Car plus que de la compassion, Trungpa a une véritable passion pour ses étudiants. Voilà un vrai, un authentique tantrika. Devant un auditoire de plus de 500 personnes, même ceux qui sont au fond de la salle ont l’impression d’entre regardés dans les yeux par l’amant. On s’adresse à eux personnellement. Ils sont vus et reconnus. On les appelle par leur petit nom.
Le style déroutant de Trungpa qui contraste avec celui d’autres maîtres tibétains lui a valu de nombreuses critiques contre lesquelles il ne s’est pas défendu. Aussi bien de la part de certains de ses étudiants que de la part de lamas jaloux.
Mais tout changea lors de la visite que lui rendit le XVIème karmapa. Ce dernier fait taire la critique lors de la cérémonie de la coiffe noire où il le déclare officiellement vidyadhara, maître tantrique et Siddha, détenteur du pouvoir-vajra. Il s’émerveille du travail accompli par Trunpga en si peu d’années. En observant les étudiants, il s’étonne de leurs extraordinaires progrès, de leur maturité spirituelle. Comment a-t-il pu transformer cette bande de hippies en rois et reines de Shamballah ? Car ces derniers n’avaient nul besoin de désocialisation mais bel et bien du contraire. Les portraits de Trungpa ornent encore de nos jours les autels des Temples Kagyu, voisinant avec ceux du Dalai-lama, Dilgo Kyentse ou Kalou Rinpoche. Il est considéré comme étant l’un des plus grands maîtres bouddhistes du XXème siècle et surtout, comme le plus créatif et le plus original.
S’il fut longtemps moine, Trungpa ne l’était plus dés son arrivée aux USA. Suite à un grave accident lors duquel, en Ecosse, il défonce la vitrine d’un magasin de farces et attrapes, il entre en retraite, médite la suite du programme et décide d’abandonner la vie monastique, de prendre femme et de partir pour les USA. A partir de ce moment, il devient tel Padmasambhava venu implanter le dharma au Tibet. La vaillance avec laquelle il innove n’a d’égale que la profondeur avec laquelle il proclame le dharma et les enseignements les plus réservés. La lignée à laquelle il appartient (il a en réalité un double lignage) est celles des Milarepa, Gampopa, Marpa, lignée connue pour être celle de ceux qui “semblent toujours avoir raté quelque chose”, “ceux qui semblent avoir échoué”, ceci en raison du caractère parfois non conventionnel du style d’enseignement de ce genre de maître. Ainsi y trouve-t-on un ancien criminel, un proxénète, des alcooliques, un homme particulièrement colérique, mais aussi certains parfaits et purs ascètes. Un exemple de style non-conventionnel : Milarepa fut refusé par son maître pendant des dizaines d’années parce qu’il avait pratiqué la magie noire. Quand enfin le maître le prend à son service, savez-vous ce qu’il lui demande ? Il lui demande de recommencer à pratiquer la magie noire pour éliminer les ennemis du maître. Milarepa n’y comprend alors plus rien.
Chogyam Trungpa buvait beaucoup et était largement critiqué pour son alcoolisme. Lorsque le Naropa Institute qu’il fonda fut mis en chantier, une collecte de fonds fut organisée et de riches donateurs furent invités à travers tout le pays. Rinpoché devait prononcer le discours d’ouverture. Ce jour-là, il commença à boire dés le matin et, à la grande inquiétude de ses étudiants, il but tout au long de la journée une telle quantité de saké qu’au moment où il devait s’adresser aux donateurs, il était dans un triste état et incapable de parler. Furieux, gêné, un de ses proches disciples, assis dans le public, regarda son maître ivre, mettant en doute sa maîtrise et observant son comportement avec mépris. Immédiatement, Trungpa ouvrit un oeil tout à fait sobre et regarda droit dans les yeux son disciple qui doutait de lui, puis il referma l’œil.
Voilà. N’étant pas un disciple de Trungpa, je ne suis pas des plus qualifiés pour présenter en détails ses enseignements. J’espère néanmoins que ce post ne contient pas trop d’erreurs et servira de digne hommage de réparation au Vidyadhara Trungpa. Pour en savoir davantage, tapez son nom dans les moteurs de recherche.
Salutations et bonne route,
Hôte-Cerf
Archive- Invité
Re: Cinq M
Camilla n'ha Marcella à écrit :
Bonsoir.
Lisant ces deux messages, j'ai l'impression de lire du Fulcanelli. J'aime.
Mais :
"Chercher la liberté est la seule force motivante que je connaisse. La liberté de planer dans cette infinité là-bas. La liberté de se dissoudre ; de s'envoler ; d'être comme la flamme d'une bougie, qui, bien qu'ayant à faire face à la lumière de milliards d'étoiles, reste intacte, car elle n'a jamais prétendu être plus que ce qu'elle est : une simple bougie. "
Je ne comprend peut-être pas les étoiles, mais au fond quelle importance ? Je suis juste la flamme d'une bougie, et heureuse de l'être !
Nue, sur la plaine noire vitrifiée, sous un ciel noir, face à la Montagne noire vivante d'une vie ineffable et scintillante de pierreries lumineuses, j'ai su dire : "Tu peux m'anéantir, et je le sais. Mais Je Suis Qui Je Suis !"
Merci à Hôte-Cerf, et merci également à Don Juan...
AMDG
Camilla n'ha Marcella
Bonsoir.
Lisant ces deux messages, j'ai l'impression de lire du Fulcanelli. J'aime.
Mais :
Mais pour qui nous prenons-nous, hein ?
"Chercher la liberté est la seule force motivante que je connaisse. La liberté de planer dans cette infinité là-bas. La liberté de se dissoudre ; de s'envoler ; d'être comme la flamme d'une bougie, qui, bien qu'ayant à faire face à la lumière de milliards d'étoiles, reste intacte, car elle n'a jamais prétendu être plus que ce qu'elle est : une simple bougie. "
Je ne comprend peut-être pas les étoiles, mais au fond quelle importance ? Je suis juste la flamme d'une bougie, et heureuse de l'être !
Nue, sur la plaine noire vitrifiée, sous un ciel noir, face à la Montagne noire vivante d'une vie ineffable et scintillante de pierreries lumineuses, j'ai su dire : "Tu peux m'anéantir, et je le sais. Mais Je Suis Qui Je Suis !"
Merci à Hôte-Cerf, et merci également à Don Juan...
AMDG
Camilla n'ha Marcella
Archive- Invité
Re: Cinq M
Camilla n'ha Marcella à écrit :
Pour Hôte-Cerf :
mon analyse première du comportement et surtout du "mode d'être" de Trungpa étaient à côté de la plaque, en effet. Contradiction apparente résolue.
Deux mots suffisent, selon le "ressenti" que j'ai pu éprouver, pour caractériser sa démarche, y compris les manifestations de l'aspect "alcool" : Amour total.
AMDG
Camilla n'ha Marcella
Pour Hôte-Cerf :
mon analyse première du comportement et surtout du "mode d'être" de Trungpa étaient à côté de la plaque, en effet. Contradiction apparente résolue.
Deux mots suffisent, selon le "ressenti" que j'ai pu éprouver, pour caractériser sa démarche, y compris les manifestations de l'aspect "alcool" : Amour total.
AMDG
Camilla n'ha Marcella
Archive- Invité
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